Spectacles de contes

Spectacle “Contes de Glaise “ 

 

Chaque tableau raconte une histoire,

Les peintres avec la matière et le trait,

Anne Kovalevsky, la conteuse avec les mots, donnent à voir et à rêver.

 

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"Le prince des eaux", Reena Valvi Umbersad, Tribu Warli (Maharashtra)

Mis en forme par Anne Kovalevsky

Ces deux là, vivaient un bonheur simple. Tout ce qu’il faisait était bien pour elle, tout ce qu’elle faisait était bien pour lui.

Dans la vie du quotidien, la répartition des tâches était simple.

Il cultivait la terre, s’occupait de ses zébus, il était fier de leur belle bosse de graisse. Un zébu repu fait un zébu bossu ! Il coupait le bois dans la forêt, il allait au marché avec elle.

Elle s’occupait de la maison, préparait les repas, triait les grains de riz, nourrissait les poules, allait au marché avec lui, allait à la rivière pour la lessive…

Bref, ils étaient courageux, valeureux, amoureux et heureux !

Ce qu’elle préférait, c’était d’aller à la rivière. Oh ! Ce n’est pas qu’elle aimait faire la lessive, non, ce qu’elle aimait, c’était prendre le chemin qui mène à la rivière. Et surtout s’arrêter pour cueillir des fruits de Karéla. Il y en avait plein qui poussaient le long de ce chemin.

Si je vous dis que ce sont des fruits qui ressemblent un peu à des petits concombres pustuleux, ça ne va pas vous faire envie… Mais elle, elle adorait ça, elle aimait la douce amertume qui s’en dégageait… Et tout le monde disait que c’était très bon pour la santé, alors pourquoi se priver ?

Il est certain qu’elle ne s’en privait pas ! Toutes les occasions étaient bonne pour aller à la rivière. Pour faire la lessive, pour se baigner, pour marcher, ou juste pour ..manger des karélas…

Un jour, elle s’aperçoit qu’elle est enceinte. Elle est heureuse et bien sur ses envies de Karéla ne diminuent pas ! A force d’en manger, c’est peut être un fruit de Karéla qu’elle va mettre au monde !!

Mais non ! Elle donne naissance à une adorable petite fille. On la présente à tous les voisins, à la famille, aux amis … On chante, on fume, on mange, on boit !

La fillette grandit en sagesse et en beauté. Elle apprend tout ce qu’une fillette doit apprendre sur la maison. Elle suit sa mère partout. Elle donne à manger aux poules, elle moud le riz, elle joue ! Et elle va à la rivière chercher de l’eau…

Bien sur, sa mère lui a très tôt fait gouter le fruit de Karéla et comme sa mère, elle adore ça ! Et elle va bien souvent sur le chemin de la rivière pour en cueillir et les manger.

Un jour, elle est au bord de la rivière et elle voit flotter sur les eaux, une fleur de lotus posée sur une grande feuille d’un beau vert tendre. La fleur est magnifique. Elle s’avance dans l’eau pour l’attraper. Mais plus elle avance, plus la fleur s’éloigne. Et bientôt sans même sans rendre compte, elle se retrouve au milieu du lit de la rivière, et elle a face à elle le prince des eaux ! Le dieu de la rivière. Il est beau .

Ils se regardent une minute, deux minutes, trois minutes, une heure, deux heures… Dans les histoires, c’est comme dans la vraie vie. C’est comme ça qu’on tombe amoureux !

Le prince des eaux lui propose de rester, de l’épouser, de s’installer et de devenir une divinité.

Une proposition pareille, ça ne se refuse pas ! Et la voilà mariée, installée pour l’éternité dans le palais du prince des eaux !

Mais pendant ce temps là, ses parents étaient fous d’inquiétude ! Ils l’ont cherché partout. Dans la forêt, dans les champs, sur le chemin qui mène à la rivière… Ils l’ont appelée. Mais elle avait disparu.

Un jour, son père était au bord de la rivière. Il est entré dans l’eau et a appelé, appelé, appelé ! Et elle est sortie de l’eau. 

Je vous laisse imaginer la joie des retrouvailles ! Une fois l’émotion passée, les questions sont arrivées ! Que c’était –il passé ? Ou était elle depuis tout ce temps là ?

Elle a tout expliqué, la fleur de lotus, le prince des eaux, le mariage, le palais, elle, devenue divinité pour l’éternité… Elle lui a fait visiter le palais si beau, lui a offert à boire et à manger des mets délicats…

Ma place est ici, auprès de mon mari. Mon père, va dire à ma mère que tout va bien. Je suis heureuse là ou je suis. Et en disant cela, elle a tendu à son père un sac de soie brodée.

Prends ce sac et rapporte le à la maison. Arrivé là –bas, ouvre le. Ainsi, ma mère et toi ne manquerez plus jamais de rien. Mais attention, ne l’ouvre qu’une fois arrivé à la maison , pas avant !

Le père a pris le sac, et après une dernière étreinte , il a rejoint le bord de la rivière. Il était pressé de rentrer et de donner ces nouvelles extraordinaires à sa femme. Il marchait vite et sentait le sac lourd au bout de son bras. Il se demandait bien ce qu’il pouvait contenir. Mais après toutes les richesses qu’il avait vu dans le palais, il imaginait des pierres précieuses, des pièces d’or… Et l’envie de juste regarder le démangeait..

Il avait bien dans la tête la recommandation de sa fille : Ne l’ouvre pas avant d’être arrivé à la maison !

Oui, mais si je l’ouvre, personne n’en saura rien !

Et après on dit que ce sont les femmes qui sont curieuses…

Le père n’a pas résisté. Il s’est arrêté, a plongé sa main dans le sac et en a sorti une poignée de pelures de riz.

Quoi ??? c’est là le cadeau de ma fille devenue princesse des eaux ? des pelures de riz ? Et il en sortait de pleines poignées qu’il jetait au vent.

Furieux, il a reprit son chemin. Arrivé chez lui il a tout raconté.

Leur fille devenue princesse des eaux, divinité de la rivière.

Le palais, le repas somptueux, les richesses et les merveilles

Et ce cadeau si offensant : un sac de pelures de riz !

La mère a tout écouté et a pris le sac. Elle a vu le tissu de soie brodée, a soupesé le sac et a demandé à son mari. Notre fille ne t’a t elle rien dit en te donnant le sac ?

Le mari est resté silencieux et a fini par avouer qu’elle avait demandé de ne l’ouvrir qu’arrivé à la maison.

Et bien c’est ce que nous allons faire a répondu sa femme. Elle a retourné le sac, et dans les plis du fond, elle a trouvé quelques pierres précieuses et quelques pièces d’or.

En voyant ça, le mari est reparti comme un fou vers l’endroit ou il avait jeté des poignées de pelures de riz… Inutile de dire qu’il n’a rien trouvé !


Père et mère d’une fille devenue divinité

De son cadeau ils n’ont pas profité

Mais une belle leçon en ont tiré

Si l’on vous fait cadeau d’un sac à garder fermé

Obéissez, ne cédez pas à la curiosité

et peut être que fortune vous gagnerez !